SÉNÉGAL QUI ES-TU?
De l’incompatibilité du fatalisme des Sénégalais avec la démocratie et l’émergence (Par CIRÉ AW)

Le fatalisme ou la tendance spontanée à remettre toute »décision entre les mains de Dieu » et de justifier toute action par »la volonté du Créateur » est une marque distinctive du peuple sénégalais ».
Certes lorsqu’on est croyant et de surcroît musulman ou chrétien convaincu, il fait partie de notre credo de reconnaître l’Omnipotence de Dieu, c’est-à-dire Sa Puissance ou Sa Capacité de Décider en toute Souveraineté du sort de sa créature; mais aussi il est du devoir du croyant de comprendre les prérogatives que Le Seigneur des mondes lui a conféré pour ne pas tomber dans un fanatisme servile nuisible au bon usage de son libre-arbitre.
De toutes les créatures, l’homme est le seul être à qui Dieu a alloué une raison et a octroyé une intelligence supérieure. Cette dernière, non seulement confère à l’être humain un statut particulier parmi les autres créatures, mais surtout elle l’amène sans doute à être responsable de ses actes, c’est-à-dire à assumer ses décisions et à se rendre compte de sa souveraineté dans ses actions. Certes comme le dit l’adage‘: ’l’homme propose, Dieu dispose » pour magnifier la prééminence de la Volonté divine sur celle de l’homme, mais le problème au Sénégal , c’est que les citoyens semblent renoncer à leur pouvoir de proposer ou de participer à leur propre gouvernance qu’ils laissent à une classe politique et maraboutique peu scrupuleuses .
C’est d’ailleurs pourquoi dans l’Islam, en vertu du caractère raisonnable et conscient de l’être humain, Dieu a décidé de l’élever au rang de »Calife » ou de »lieu-tenant » au sens ou ce terme signifie » représentant de Dieu sur terre’‘ . Cette responsabilité d’assumer une infime parcelle de la »Volonté divine » justifie le Jugement dernier ou les descendants d’Adam et de Ève vont rendre compte de leurs actes devant le Tout Puissant; « Celui qui fera un atome de bien,le verra; celui qui fera un atome de mal , le verra » peut-on lire explicitement dans le Coran. Toutes ces considérations aux relents théologiques ou métaphysiques nous permettent de fustiger le fatalisme de mauvais aloi des sénégalais qui usent et abusent de la formule ‘‘Ndogalou Yalla’‘ ou »C’est le Décret divin ».
En fait ce qu’il convient de préciser, c’est que cette renonciation à tout sens de l’initiative dont font preuve les sénégalais est plutôt opportuniste pour ne pas dire fonctionnelle, car ils n’évoquent la Volonté de Dieu que si Celle-ci leur permet d’apaiser leur a conscience ou de renoncer à leur à responsabilité. Lorsque nous sénégalais faisons une action qui tourne à notre avantage, nous avons tendance à nous auto glorifier, à vanter nos mérites et nos compétences au point d’oublier « La Volonté de Dieu » ou le fameux « N’dogalou Yalla » qu’on brandit à tort et à travers dés que nos actes sont négatifs.
Au Sénégal, les événements tragiques tels que les accidents de la routes, les effondrements d’immeubles, les naufrages répétitifs, les incendies dans nos marchés, les inondations récurrentes, l’insalubrité insoutenable, la criminalité ambiante, le chômage endémique , la paupérisation exponentielle lesquels ont pour origine le laxisme ou l’indiscipline de nos compatriotes se justifient trop légèrement par la » La Décision divine ».
Ce fatalisme à tout bout de champs est d’ailleurs l’ »opium tout trouvés » par nos gouvernants pour manipuler la masse et pour l’installer dans » un profond sommeil dogmatique » avec la complicité de certains » chefs religieux » decréteur de » ndiguël » ou de consignes de vote afin de les pousser à ne pas assumer leur responsabilité de citoyens, celle de participer activement à la vitalité démocratique et à l’élaboration des décisions des pouvoirs publics. L’illustration la plus éloquente de l’ »arme secrète » de la classe dirigeante pour manipuler le peuple, pour se maintenir au pouvoir en dépit de la gouvernance calamiteuse dont elle est l’actrice consiste à faire croire au peuple que leur sort dramatique peu enviable émane d’une programmation divine qu’aucune action humaine ne peut endiguer.
En réalité, sans être totalement en phase avec Karl Marx quand il affirme que » la religion est l’opium du peuple » , on peut au moins soutenir qu’un peuple » irresponsable » , reniant l’exercice de sa liberté ou de ses droits civiques et n’assumant pas ses devoirs de citoyens s’expose facilement à une manipulation d’une certaine classe » maraboutique » mal intentionnée » jalouse de ses privilèges et friande de luxes; il devient surtout une » proie facile » pour une classe politique majoritairement » véreuse et corrompue » obnubilée par les délices du pouvoir.
Pour dissiper ce fatalisme excessif source d’une léthargie pathologique chez nos concitoyens, il est plus que nécessaire d’amener le peuple à mieux s’imprégner de la connaissance religieuse comme le faisait remarquer fort justement l’Imam Ghazali quand il affirmait : »La corruption des religions arrive quand on ne s’en tient qu’aux mots et aux apparences ». En plus de libérer le peuple d’une conception biaisée ou folklorique de la religion, il est plus qu’important de l‘amener à mieux comprendre ces prérogatives de citoyen responsable et actif prenant son destin en main afin de mettre et de démettre ses gouvernants. Le clairvoyant guide religieux et non moins homme politique Thierno Souleymane Baal en invitait dans ce sens en 1776 les populations du Fouta à assumer pleinement leur rôle de »faiseur de roi » quant il disait : ‘‘Détronnez tout imam dont vous voyez la fortune s’accroître et confisquez l’ensemble de ses biens ; combattez-le et expulsez-le s’il s’entête« .
Au fond, rien n’est plus dommageable pour un peuple victime d’un obscurantisme religieux et d’une immaturité politique pour ne pas dire démocratique puisque dans une République démocratique il devrait en principe y avoir une isonomie , c’est-à-dire une égalité parfaite de tous devant la loi;.de ce fait rien n’est plus bénéfique pour un peuple que d’avoir une claire conscience de son pouvoir d’électeur ou de décideur et surtout de se représenter lucidement la responsabilité que Dieu lui a confié pour prendre en main sa destinée., car Dieu ne change le sort d’un peuple que quand celui-ci est disposé à opérer une mutation morale, intellectuelle et politique idoines. Autant dire qu’un peuple éclairé, éduqué, conscient de ses droits et des ses devoirs et surtout de sa force d décision ou de proposition est déjà en voie de gagner sa liberté et de s’émanciper de toutes formes de servitudes. Le Capitaine Thomas Sankara l’avait si bien compris quand il disait:« Quand le peuple se met debout , l’impérialisme tremble ».
CIRÉ AW/senenews.com













Je souscris pleinement à ce vibrant plaidoyer pour la réussite dans l’avenir de ce pays.
P.S. je crois que l’imam Gazaoui dont il est fait mention, est le fondateur du Soufisme dont est issu la pratique religieuse au Sénégal- Et ailleurs dans le monde-
L’Imam Ghazali (ou Algazel en Occident) né 1058 en Perse (Iran), Soufi d’origine persane, est un personnage emblématique de la culture musulmane. Il est issue d’une famille soufie (père et oncles) qui façonneront son soufisme toute son enfance , avant de devenir un grand philosophe musulman
Mais en 1095, suite à une crise spirituelle et déçu par la recherche d’une vérité philosophique finale : il s’opposera dès lors, à la philosophie néo-platonicienne (Platon)et aristolienne (Aristote) d’Avicenne (980-1037) philosophe et médecin perse dont les théories dominaient l’Islam en Perse à l’époque et Ghazali se tournera vers un mysticisme profond dans son soufisme, devenant un mystique dogmatique.
L’Iman Ghazali meurt en 1111, à 53 ans en Perse. Il a inspiré les philosophes médiévaux comme : le philosophe musulman Averroès (1126-1198) de Cordoue en Andalousie, Espagne, la philosophie religieuse de l’italien (Saint) Thomas d’Aquin (1125-1174), le thomisme… Puis, à la Renaissance, il a inspiré l’écrivain humaniste italien Dante (1265-1321), le chef de la philosophie moderne, le rationaliste français Descartes
(1596-1650) et le leader de la philosophie empiriste, l’anglais David Hume (1711-1776)…
Le Soufisme existe depuis la révélation prophétique de l’Islam.
Donc, c’est le Prophète Mahomet ou Muhammad qui est considéré comme le fondateur et le propagateur du Soufisme au 8° siècle au Moyen-Orient (Iraq).
Courant mystique, ascétique et ésotérique de l’Islam, c’est une voie d’élévation spirituelle par le biais d’initiations ou « Tariqas » qui désignent les confréries musulmanes qui rassemblent ses adeptes ou ses fidèles autour d’un guide spirituel ou un Saint et pratiquent l’invocation d’Allah (Dieu).
Le Soufisme existe dans les 2 branches des musulmans, Sunnites et Chiites avec des formes et des pratiques différentes. Le Soufisme considéré comme une pratique d’un Islam modéré est en contradiction avec le Salafisme ou le Wahhabisme qui sont souvent confondus, mais qui se ressemblent tant par leurs rigorismes.
Les principales confréries soufies sont :
– La Quadiriyya, la plus ancienne, fondée en 1166, composée de 2 grands groupes : l’une au Moyen-Orient, l’autre en Inde…
– Les Alevis : confrérie fondée au 13° siècle , formée de paysans et de nomades turkmèdes et kurdes de l’Empire Ottoman.
– Les Bektaschis : confrérie fondée au 13 ° siècle, créée pour contrecarrer le pouvoir des Alevis, elle est formée d’artisans citadins et de soldats étrangers qui formeront les armées de janissaires de l’Empire Ottoman, en s’éloignant de la Foi pour les carrières militaires.
– Mawlawiyya ou Ordre Mevlevi plus connu sous le nom des « Derviches Tourneurs » fondée au 13° siècle par Djalal-Al-Din Rumi (1207-1273) poète persan musulman reconnu principal interprète du Soufisme (Turquie).
– Naqshbandiyya ou Ordre « Sobre », principal ordre soufi sunnite fondée en 1380, existant au Daghestan, au Turkménistan, en Afghanistan (pas les talibans) et en Chine
– Tijaniyya, fondée au 18° siècle au Maghreb, elle se développe en Afrique Subsaharienne avec El Hadj Oumar Tall (1794- 1864) et avec le Maodo Malick Sy (1855-1922), fondateur de Tivaouane au Sénégal où 70 % de la population est tidjane. Les diverses autorités des familles tidjanes du Sénégal affaiblissent l’autorité centrale de la Tidjanie au Sénégal au détriment de la confrérie mouride, plus structurée et centralisée…
– Mouridiyya, crée par Ahmadou Bamba Mbacké (1853-1927), cousin du tidjane Malick Sy, fondateur de Touba en 1887 au Sénégal où sa confrérie mouride compte désormais 30% de la population sénégalaise.
Plus affairistes que religieux, les mourides sont très puissants au Sénégal, même politiquement. On assiste aussi, dans leurs rangs à des dérives importantes, comme chez les Baye-Fall qui abandonnent le travail des champs pour la mendicité citadine avec harcèlement et la consommation d’alcool et de drogues (ganja) lors de leurs chants religieux nocturnes et monocordes qui en font chier, beaucoup, au Sénégal… Ou les Thiantacounes qui ont dévasté les rues de Dakar en 2012 sur l’ordre de leur leader Cheikh Béthio Thioune, l’ogre aux 7 voitures, aux 7 maisons et aux 7 femmes, décédé en 2019. Pas un grand exemple de Religiosité pour l’Islam…. Les mourides sont aussi présents et puissants en Gambie, ainsi que leur diaspora dans le monde.
– Sanousiyya, créée au début du 19° siècle, en Lybie. Mais la confrérie s’est rapidement éloignée du soufisme pour prôner un exotérisme de réforme islamique comme le Wahhabisme d’Arabie Saoudite ou le Mahdisme du Soudan.
– Madaniyya, fondée au 20° siècle en Tunisie. Elle se revendique reliée au Prophète Mahomet par une chaîne de transmission depuis 15 siècles…
– Après son fondateur, le Prophète Mohamet (570-632), c’est le philosophe et mystique Ibn Arabi (1165-1240)
qui est considéré comme le plus grand maître du Soufisme avec ses écrits sur le Coran (Iraq)…
Le Soufisme qui représente un Islam tolérant et ouvert, est en contradiction avec le Salafisme qui prône un Islam rétrograde et dur, la lutte contre les valeurs occidentales (mécréants infidèles), la création d’un Etat Islamique mondial et le Djihad qui va jusqu’à justifier le terrorisme pour y parvenir…
De nombreux groupes musulmans, même des musulmans considèrent que la maraboutisme en Afrique et que le fakirisme musulman en Inde sont inacceptables dans l’Islam… Tout comme, l’orthodoxie musulmane considère les mourides sénégalais comme une secte qui prie leur guide Serigne Touba au lieu de prier Allah !
Quand à l’Esclavage des Enfants Talibés par les marabouts Soufis sénégalais… Pas un mot ! Comme tous les autres, de part le monde…Il est vrai que le statut des Femmes et des Enfants, les font considérer comme des êtres inférieurs à la toute puissance des Hommes en Islam… Inch Allah ???
Correction : De nombreux groupes musulmans, même des musulmans Soufis considèrent que le maraboutisme en Afrique et que le fakirisme musulman en Inde sont inacceptables dans l’Islam…
J’aime bien les écrits de Ciré Aw, il énonce des choses vraies et justes, absolument conformes à la réalité quotidienne de ce pays.
J’espère que beaucoup de Sénégalais/es s’intéressent à ses écrits, prenant ainsi conscience de leur environnement (religieux et politique), et de leur pouvoir aussi à changer les choses dans leur vie quotidienne, s’ils le veulent véritablement…
Bravo pour cet article qui a le mérite d’être bien écrit et de dire les choses sans prendre de gants. S’émanciper des servitudes religieuses, politiques, claniques, n’est pas chose simple. En prendre conscience est déjà un premier pas vers la liberté.
‘‘Détronnez tout imam dont vous voyez la fortune s’accroître et confisquez l’ensemble de ses biens ; combattez-le et expulsez-le s’il s’entête« = le résumé de cet excellent article !