LA LANGUE FRANÇAISE AU SÉNÉGAL
Le Sénégal au secours du français

Le français est de moins en moins parlé dans le pays de Léopold Sédar Senghor. En cause, son apprentissage à l’école.
Branle-bas de combat à Dakar. La capitale sénégalaise mobilise ses troupes pour défendre l’enseignement du français. Il y a urgence. La langue de Molière est en perte de vitesse dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest, comme dans toute l’Afrique francophone. Selon l’Organisation internationale de la francophonie, un tiers des Sénégalais seulement serait francophone. Langue officielle du pays, le français reste la langue de l’école, de l’administration, de la justice. En un mot, de l’ascension sociale.
Mais dans l’espace public, les langues nationales gagnent de plus en plus de terrain. Dans les taxis de Dakar ou sur les marchés, il vaut mieux parler wolof que français. Le wolof est même devenu la langue la plus parlée aujourd’hui. Les programmes de radio et de télévision en wolof sont largement en tête des audiences. À l’Assemblée nationale, depuis 2014, les députés peuvent désormais débattre dans leur langue nationale et non plus uniquement en français.
« Dans les années 1970, parler français faisait partie des codes de la réussite sociale »
Chez les jeunes, la langue communautaire est même devenue un marqueur identitaire plus apprécié que le français. Dans les familles aisées, le recours au français n’est plus aussi évident qu’avant. « Je me souviens que dans les années 1970, parler français dans sa famille, cela faisait partie des codes de la réussite sociale. Il me semble que c’est moins vrai aujourd’hui », témoigne Pierre, un officier supérieur à la retraite. Alors qu’il parle un français fluide, son fils, Omar, est nettement plus à l’aise en wolof. Ne parler que le français est devenu, pour certains postes en vue, un obstacle non négligeable : comme en témoignent les critiques assassines subies par Karim Wade, le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade, accusé par l’opposition de ne pas connaître le wolof.
Cette évolution signe-t-elle la fin du français au Sénégal ? Ce n’est pas le souhait de Dakar. Les autorités sont déterminées à améliorer les conditions de sa transmission. En premier lieu dans les écoles, où son enseignement est en grande difficulté. « Professeurs mal formés, outils pédagogiques absents ou dépassés, système éducatif inadapté à la réalité sociale et culturelle des élèves, augmentation non anticipée du nombre d’enfants scolarisés… nous devons faire face à une réalité bien difficile », explique Omar Sow, le directeur de l’école communautaire Mbissao.
De sorte que la crise structurelle que traverse le système scolaire sénégalais fragilise l’enseignement du français. « Pendant des années, on a recruté des enseignants sans formation. On a privilégié la quantité à la qualité, regrette le directeur de la formation et communication de l’Initiative francophone pour la formation à distance des maîtres (Ifadem), Mohamed Moustapha Diagne, un inspecteur du ministère de l’éducation nationale. Ce qui s’est traduit par une baisse du niveau des professeurs, donc de l’enseignement général. Pour les petites classes où l’on apprend le français en vue de l’examen d’entrée en sixième, cela a été très négatif. » En particulier pour les plus modestes, pour les ruraux, pour ceux qui n’ont pas les moyens de se présenter dans les établissements privés ou les écoles du centre-ville.
Conscient du problème, le ministre de l’éducation lance une étude en 2011-2012 sur le véritable niveau des enseignants. Les résultats sont catastrophiques. « Il a fallu que nous prenions ce problème au sérieux. D’où la mise en place de l’Ifadem pour améliorer la formation des maîtres. » Programme d’accompagnement des maîtres, de formation continue, modules pour mieux comprendre et mieux faire comprendre le français, pour aborder les différents aspects de la gestion d’une classe, d’un apprentissage fondamental, d’une progression pédagogique. L’enseignement se perfectionne. Le recrutement devient plus exigeant : « Parmi les nouvelles mesures introduites pour la sélection des candidats, l’épreuve de la dictée en français pour l’entrée à l’École de formation des instituteurs (EFI). Aujourd’hui, ne pas avoir la moyenne à cette dictée, c’est éliminatoire ! » précise le directeur de Mbissao.
« Désormais, on sait qu’on n’a pas le choix, il faut maîtriser le français »
En 2015, le scandale de la fraude aux examens est révélé par la presse sénégalaise. Le ministère ordonne une vaste enquête sur la question et renvoie de nombreux cadres de l’éducation nationale. « Désormais, on sait qu’on n’a pas le choix, il faut maîtriser le français si l’on veut entrer dans le corps enseignant », témoigne une institutrice non agréée qui prépare son examen d’entrée à l’école des maîtres.
Si l’État sénégalais reprend la main sur le niveau de ses enseignants, il expérimente une nouvelle pédagogie pour améliorer l’enseignement du français dans les écoles : le bilinguisme. « Toutes les études montrent qu’il est plus facile à un enfant d’apprendre à lire et à écrire dans sa langue maternelle. Et une fois les fondamentaux mis en place dans son cerveau, il lui sera plus aisé d’apprendre le français », explique Amadou Sy, un inspecteur académique.
« Dans les écoles pilotes où la réforme est testée, l’enseignement se fait dans la langue maternelle la première année. En deuxième année, le maître introduit des notions de français. Puis, peu à peu, le français devient la langue des apprentissages. Le passage se fait petit à petit : et ça marche, affirme le directeur de Mbissao. Depuis que nous avons mis en place le bilinguisme dans notre école, nous obtenons une réussite complète à l’examen de passage en sixième. C’est vraiment bénéfique pour les élèves », poursuit-il.
Inquiète des difficultés rencontrées par les enfants scolarisés en français, la Francophonie s’engage auprès du Sénégal pour appuyer ses réformes pédagogiques. Ainsi, pour aider à soutenir la formation des maîtres, elle a investi dans un vaste programme d’aide en ligne. Essayé dans deux académies du pays, ce programme consiste à mettre en lien un formateur et des instituteurs par le biais de tablettes numériques. Grâce à un programme de formation à distance, chaque professeur a les moyens d’explorer toutes les facettes de son métier et d’accroître efficacement ses compétences. Dans ce pays où les infrastructures sont si peu commodes, la tablette numérique abolit les distances entre les uns et les autres. Et ça marche, si l’on en croit les intéressés.
« Les apprentissages fondamentaux se mettent plus vite en place dans la langue maternelle »
Pour les instructeurs de l’éducation nationale, l’avenir est dans le bilinguisme. « C’est d’autant plus intéressant que les apprentissages fondamentaux se mettent plus vite en place dans la langue maternelle. Pour l’enfant dont les parents ne parlent pas français à la maison, c’est une chance supplémentaire pour qu’il ne décroche pas à l’école », souligne l’un d’eux. « À cela s’ajoutent des notions qui n’existent qu’en français, qui n’ont pas d’équivalent dans nos langues maternelles, souligne un tuteur. Par exemple, la notion mathématique d’échelle n’a aucun équivalent en wolof. »
Le bilinguisme était l’une des orientations souhaitées par Abdou Diouf, le président de la Francophonie jusqu’en 2011. Cet axe a été repris par son successeur, la Canadienne Michaelle Jean. En délocalisant, de Paris à Dakar, l’Institut de la francophonie pour l’éducation et la formation (Ifef), inauguré en présence du président Macky Sall en octobre 2017, le Sénégal renouvelle ses liens multiséculaires avec le français, pour le bien de ses élèves. Le bilinguisme se diffuse peu à peu dans tout le pays et au-delà, comme au Burkina Faso. Dix-sept ans après la disparition de Léopold Sédar Senghor, le premier Africain agrégé de lettres et le créateur de la francophonie, l’apprentissage du français au Sénégal vit une nouvelle transformation pour ne pas disparaître.
Le français est la langue officielle du Sénégal. Il est parlé par environ un tiers des Sénégalais.
Il y a six autres langues nationales : le wolof, le diola, le malinké, le pular, le sérère, le soninké. Elles ont été retenues officiellement pour la communication dans les médias, pour l’enseignement et à l’Assemblée.
La plus importante de ces langues est le wolof. Il est parlé et compris par environ 80 % de la population. Historiquement, les Blancs ont d’abord noué des liens et des contacts dans l’aire culturelle et géographique des Wolofs. C’est chez eux et avec eux que furent créés les premiers comptoirs. Puis les premières villes comme Saint Louis. C’est pourquoi le wolof est toujours la principale langue parlée dans les villes, même par les locuteurs d’autres langues du Sénégal.
Le français au Sénégal, une présence multiséculaire
Présent au Sénégal depuis près de quatre siècles, le français a participé à l’unification des communautés.
Le français au Sénégal a toujours joué un rôle unificateur dans un pays divisé par plus d’une vingtaine de langues.
Le français prend pied au Sénégal au XVIIe siècle avec l’arrivée des Dieppois. La première ville française fondée en Afrique est Saint-Louis, en 1659, à l’embouchure du fleuve Sénégal. Située sur une île qui, stratégiquement, ouvre ou ferme l’accès à l’intérieur des terres, elle est choisie par Colbert pour y installer la Compagnie du Sénégal, en 1673. Sous l’effet du commerce des épices et des esclaves, la ville prospère au XVIIIe siècle et devient un carrefour où se rencontrent et se mélangent Européens et Africains.
La ville est très vite connue pour son cosmopolitisme et son importante population métisse issue des mariages mixtes. Cette évolution accouche d’une culture urbaine propre, comme en témoigne le rôle des signares, les femmes métisses ayant épousé des Blancs. Le français se nourrit de ces mélanges, de ces apports, de ces transformations. En même temps, il est le pont avec l’Occident.
D’autant que Saint-Louis jouit d’un cadre juridique propre : ses habitants y sont considérés comme citoyens français en 1792. C’est à Saint-Louis que les Français ouvrent leur première école, en 1817. Ce lien spécifique avec la métropole, que la ville partage avec trois autres au Sénégal, s’est illustré par la qualité du français transmis et parlé. On parle même du français sénégalais comme de celui qui se rapproche le plus du français de France.
Au XXe siècle, des figures comme Blaise Diagne ou Léopold Sédar Senghor ont témoigné, l’un à l’Assemblée nationale, l’autre dans le monde des lettres, de leur parfaite maîtrise du français de France. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Léopold Senghor est considéré comme le père de la Francophonie. Et son successeur à la tête du Sénégal, Abdou Diouf, a aussi présidé la Francophonie de 2003 à 2015.
La marque des langues africaines comme le wolof
Le français de la rue sénégalaise est beaucoup moins académique que celui de ses élites politiques et intellectuelles. Il porte la marque des langues africaines comme le wolof. Il est très imagé, empreint d’humour et d’invention. On y trouve quantité d’expressions formées par analogie. C’est l’un des traits les plus constants du français sénégalais : une forme de fausse naïveté, une imagination et une créativité pleines d’énergie et de saveurs joyeuses, jamais agressives et exprimant les choses dans les codes de la malsa, cet usage wolof du compromis élégant.
Le français au Sénégal a toujours joué un rôle unificateur dans un pays divisé par plus d’une vingtaine de langues. Six d’entre elles ont le statut, aujourd’hui, de langues nationales. Chacune ayant eu sa codification grammaticale, elles sont admises au côté du français dans les programmes bilinguistes des écoles. Adoptées dans les régions où elles sont majoritaires, elles entrent aussi en résonance avec la montée des identités et des passions communautaires que l’on voit surgir en Afrique comme ailleurs. Ce qui n’est pas sans créer des tensions dans le tissu social sénégalais. Dans ce contexte, le français peut aussi apparaître comme un système de domination, hérité de la colonisation. Penser et parler en français n’est pas neutre. C’est aussi adapter une symbolique, des références, une manière de raconter et de penser le monde qui ne sont pas nécessairement partagées par tous.
Laurent Larcher/lacroix.com













Il suffit de regarder les résultats du BAC pour comprendre le niveau d’éducation au Sénégal….
Le français est quasi mort au Sénégal. Le Wolof mais aussi l’arabe par les écoles coraniques gagnent du terrain et il n’y a aucune volonté gouvernementale de promouvoir l’usage du français. Et, de plus, les chinois s’en fichent….
Et bien évidemment, ça ne fait pas l’affaire des Marabouts. La lecture des philosophes, Voltaire, Diderot, Montesquieu (Ah, les Lettres Persannes…) D’Alembert, de tous ces hommes qui nous ont libérés du carcan de la religion est nocive aux yeux des intransigeants de la foi. Et avant que l’on ne les traduise en Wolof…
Ici, on dit « Gumba du jiite yoon », l’aveugle ne montre pas le chemin. Le muet ne montrera pas la voie, non plus…
Cela fait déjà plusieurs années que le français est de moins en moins parlé au Sénégal. Même les étudiants africains qui viennent de pays limitrophes suivre l’enseignement à Dakar s’en plaignent car on ne leur parle qu’en wolof.
Ce n’est donc pas nouveau et il serait en effet grandement temps d’y remédier si on ne veut pas que le Sénégal ne devienne un pays en totale régression.
pourquoi vouloir allez contre leur volonté,laissons les s’enfermer dans leur obstination,seul moyen de leur faire comprendre qu’ils vont vers la régression totale ainsi que l’isolation totale le wolof n’étant pas une langue…
Le français n’a aucune utilité pour la population qui ne voyage pas mais il faudrait refaire les documents administratifs en wolof et je ne suis pas sûr que le wolof original soit encore compris par tous. C’est plutôt une nouvelle langue qui mélange langues locales et français. Ce qui est important c’est de savoir lire, écrire et compter, peu importe la langue. Des milliards de gens ignorent le français et vivent très bien.
Et que l’Etat Sénégalais sorte aussi que le Français est la langue officielle du Sénégal dans sa Constitution… Que cette hypocrisie cesse ! … Avec la disparition du Français au Sénégal, savamment orchestré par les religieux et les marabouts à détruite la langue de l’ex-colonisateur qu’on accuse de tous les maux du pays, pour le remplacer par l’Arabe, la langue du Coran… Et comment, on les comprend : à enfoncer le pays, dans l’obscurantisme et le radicalisme islamique pour aboutir à leur République Islamique du Sénégal tant souhaitée et garder tous leurs honteux privilèges et sauvegarder l’esclavage abject des enfants talibés au XXIème siècle…. La disparition du Français au Sénégal est leur combat, toute comme le départ des touristes et des résidents français du ,Sénégal et la ruine des intérêts français au Sénégal, clairement exprimée… La disparition du Français n’est pas une surprise, de ce côté là !
Ce qui est plus triste à lire, c’est que même dans l’Education Nationale Sénégalaise, les maîtres sont aussi accusés de la disparition de la langue française… En grèves permanentes pour les raisons qu’on connait, suivi des programmes accélérés et bâclés, chaque année et des résultats minables aux examens, les professeurs sénégalais, en plus de sacrifier leurs élèves à une instruction sérieuse et suivie sont aussi responsables de la disparition de la langue française au Sénégal, facteur essentiel des études universitaires, d’emplois administratifs et d’ascension sociale au Sénégal, en hypothéquant leurs chances de réussites et d’avenir meilleur, comme dans une volonté de tenir le jeunesse, dans l’ignorance et la misère ??? L’ex-président sénégalais Abou Diouf qui a été de nombreuses années Président de la Francophonie dans le Monde, doit s’arracher ses derniers cheveux blancs et le président-poète Léopold Sédar Senghor, écrivain et membre de l’Académie Française, doit se retourner dans sa tombe et pleurer de voir ce que devient la jeunesse sénégalaise sacrifiée par maitres irresponsables, influencés ou infiltrés par les marabouts et autres religieux anti-français, anti-occidentaux et anti-tout, les vrais initiateurs et responsables dans la destruction de la langue française au Sénégal et de la descente aux enfers, pour son peuple et sa jeunesse …
Sauf, pour eux qui se font soigner dans les meilleurs hôpitaux français et leurs gosses qu’ils envoient faire leurs études dans les meilleures universités françaises … En oubliant que c’est encore un architecte français qui leur a construit leur Grande Mosquée de Touba, que des entreprises françaises construisent leurs routes et réparent leurs centrales d’eaux…
Chercher l’erreur ! En français, en wolof ou en chinois, comme vous voulez… Les baisés sont toujours, les élèves et les jeunes sénégalais, plus les talibés qui représentent plus de 50 % de la population de moins de 20 ans… Et quand adultes, ils voudront leurs parts du gâteau, çà péter grave pour les potentats politiciens corrompus et ces vieux rétrogrades en robe qui les ont si longtemps sacrifiés et exploités…
Inch a Allah ! Avec le Français, toujours, langue officielle du Sénégal dans sa Constitution…
Ça tombe bien, et si on en profitait pour rejoindre le reste du monde en passant une bonne fois à la langue la plus parlée au monde ?
Cela nous enlèverez 1 épine du pied. Enfin..2, avec le FCFA en moins bientôt.
ok il faut alors se mettre de suite à l’Espagnol alors.
Ah merde, encore un colonisateur et pas des moindres!!!!!!!!!!!!!!!!!
Quant à l’abandon du Cfa , pourquoi pas, nos vacances seront encore moins chères
Tous les sujets sont hautement commentés et critiqués par une population majoritairement française. Peut-être faudrait-il s’abstenir de commenter négativement ce qui concerne le Sénégal et les sénégalais qui font ce qu’ils veulent chez eux même si cela ne correspond pas à notre perception du développement. Le meilleur service que nous puissions leur rendre est de les laisser gérer le pays eux-mêmes, ils apprendront de leur propre expérience et en tous cas et surement pas grâce nos conseils qui, finalement, ne sont destinés qu’à notre propre confort quand nous sommes sur place. La propreté, la tranquillité, la langue française, les transports, la sécurité, etc.. ce sont bien là, des qualités propres aux touristes. Nous avons la manie de tout critiquer.